Le mot de Gérard Deprez
Panne technique, désert industriel [06 mai 2013]
Le Parlement des Animateurs du MCC a organisé en mars à Tournai une passionnante matinée de réflexion sur l’avenir de l’enseignement technique et professionnel. Les orateurs étaient de haut niveau, l’assistance particulièrement attentive, les débats stimulants.
Voyons d’abord les constats.
1. Trop d’élèves quittent l’enseignement avec un niveau de formation insuffisant : 15 % des jeunes Wallons n’ont pas terminé leurs études !
2. Au niveau secondaire, le nombre d’élèves qui s’orientent vers les filières techniques et professionnelles est en diminution constante. Conséquence logique : de nombreux postes de techniciens et d’ouvriers qualifiés (soudeurs, électriciens, …) restants vacants.
3. Au niveau supérieur, les étudiant(e)s s’orientent très majoritairement vers les sciences humaines, sociales et de la santé. Pour l’année 2008-2009, les étudiants en sciences ne représentaient pas 20% du total.
4. Déjà aujourd’hui, notre pays manque cruellement d’ingénieurs civils : on estime à 5000 les postes d’ingénieurs vacants dans les entreprises. Le nombre de diplômés diminue d’année en année.
5. Tant au niveau secondaire qu’au niveau supérieur, les jeunes filles sont quasiment absentes des filières scientifiques et techniques (à l’exception notable des disciplines liées à la santé).
Et, pendant ce temps …. que font les politiques responsables de l’enseignement ? Si vous faites avec moi un effort de mémoire, vous vous souviendrez certainement de trois « faits » marquants. Celui du débat lancé par le ministre Nollet sur la suppression des devoirs à la maison ; celui toujours actuel du décret / inscriptions dont les effets positifs sont inversement proportionnels aux ennuis provoqués ; celui, plus récent, du projet de décret du Ministre Marcourt sur l’organisation de l’enseignement supérieur, mélange sournois de confinement provincial et de mise sous tutelle de l’enseignement supérieur libre. Triste performance, vous en conviendrez.
Alors que faire ?
1. Il faut sensibiliser la population à l’existence des métiers « en pénurie », dont la plupart requièrent des qualifications d’ordre technique ou professionnel.
2. Il faut remettre à plat certains décrets dont les dispositifs ont pour effet de décourager les parents d’orienter leurs enfants vers les filières scientifiques, techniques et professionnelles.
3. Il faut mener campagne auprès des jeunes filles pour les convaincre qu’elles peuvent exceller dans certains métiers (génie civil, informatique, télécom, …)
4. Les établissements spécialisés dans les filières techniques doivent améliorer leur image, mieux encadrer les élèves et faire connaître leurs succès dans l’accès à l’emploi pour leurs diplômés.
On dit partout que notre pays et, plus généralement, toute l’Europe, a besoin de se réindustrialiser. Comment pourra-t-elle le faire si elle manque d’ingénieurs, de techniciens, d’ouvriers qualifiés ?
Gérard DEPREZ
Sénateur
Président du MCC
Ministre d’Etat
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